Grâce

Origine

(nom) provenç et espagnol gracia du latin gratia, de gratus, agréable (voir aussi g).
  • API : /ɡʁas/ ; ;
  • SAMPA : /gRas/ ; /ɡʁas/ ; /ɡʁas/

Nom commun

grâce /ɡʁas/ féminin (féminin pluriel : grâces /ɡʁas/)
  1. Ce qui plaît dans les attitudes, les manières, les discours (c'est le sens premier et étymologique).
    Certes, vous avez grâce à conter ces merveilles. — (Pierre Corneille, Ment. I, 5.)
    Et la grâce plus belle encor que la beauté. — (Jean de la Fontaine, Adonis.)
    Clitandre auprès de vous me fait son interprète, Et son cœur est épris des grâces d’Henriette. — (Molière, F. sav. II, 3.)
    Sa grâce et sa vertu sont de douces amorces. — (Molière, l'Ét. III, 2.)
    Considérez la princesse ; représentez-vous cet esprit qui, répandu par tout son extérieur, en rendait les grâces si vives. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Duch. d’Orl.)
    Le matin elle fleurissait, avec quelles grâces, vous le savez ; le soir nous la vîmes séchée ; et ces fortes expressions par lesquelles l’Écriture sainte exagère l’inconstance des choses humaines devaient être pour cette princesse si précises et si littérales. — (Jacques-Bénigne Bossuet, ib.)
    Faites-nous voir, si vous le pouvez, toutes les grâces de cette douce éloquence qui s’insinuait dans les cœurs par des tours si nouveaux et si naturels. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Anne de Gonz.)
    Tant de biens, tant de grâces qui accompagnaient la princesse palatine lui attiraient les regards de toute l’Europe. — (Jacques-Bénigne Bossuet, ib.)
    Elle sut conserver avec une grâce, comme avec une jalousie particulière, ce qu’on appelle en Espagne les coutumes de qualité. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Mar.-Thér.)
    Je ne trouve qu’en vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours et jamais ne me lasse. — (Jean Racine, Esth. II, 7.)
    Oui, vos moindres discours ont des grâces secrètes. — (Jean Racine, ib. III, 4.)
    Vous savez la grâce dont elle est à cheval. — (Antoine Hamilton, Gramm. 11.)
    C'était même une de ses grâces que de ne point songer à en avoir. — (Pierre de Marivaux, Pays. parv. 4e part.)
    Elle l’embellissait de toutes les grâces de son caractère, et ces grâces-là n'ont point d’âge. — (Pierre de Marivaux, Marianne, 6e part.)
    La grâce en s’exprimant vaut mieux que ce qu’on dit. — (Voltaire, Trois manières.)
    La grâce en peinture, en sculpture, consiste dans la mollesse des contours, dans une expression douce ; et la peinture a, par-dessus la sculpture, la grâce de l’union des parties, celle des figures qui s’animent l’une par l’autre et qui se prêtent des agréments par leurs attributs et leurs regards. — (Voltaire, Dict. phil. Grâce.)
    La voix d’un orateur qui manquera d’inflexion et de douceur sera sans grâce. — (Voltaire, ib.)
    Tant de prétentions, tant de petites grâces Que je mets, vu leur date, au nombre des grimaces. — (Jean-Baptiste Louis Gresset, Méchant, IV, 9.)
    La grâce n'appartient guère qu’aux natures délicates. — (Denis Diderot, Pensées sur la peint. Œuv. t. XV, p. 229, dans POUGENS.)
    L'enfant a de la grâce ; il la conserve dans l’âge adulte, elle s’affaiblit dans l’âge viril, elle se perd dans la vieillesse. — (Denis Diderot, ib.)
    Qui peut résister aux séductions de la grâce ? fût-elle même dédaigneuse, elle serait encore toute - puissante. — (Anne Staël-Holstein, Corinne, VI, 1.)
    Là sous la douleur qui le glace, Ton sourire perdit sa grâce. — (Alphonse de Lamartine, Méd. II, 1.)
  2. Familièrement et ironiquement.
    Faire ses grâces, se donner des grâces, vouloir prendre un air gracieux, des façons gracieuses.
  3. Étaler ses grâces se dit à peu près dans le même sens.
  4. Bonne grâce, grâce relevée de quelque chose de simple, de franc et de libre.
    Si quelqu'une est difforme, elle aura bonne grâce. — (Abbé Mathurin Régnier, Sat. VII.)
    Pleine d’appas, jeune et de bonne grâce. — (Jean de la Fontaine, Or.)
    Pour sa personne, elle vous plairait sans beauté, parce qu’elle est d’une taille parfaite, et d’une bonne grâce à tout ce qu’elle fait. — (Marquise de Sévigné, 286.)
    Nous ne sommes pas de votre opinion, Mme de Coligny et moi, sur la critique que vous faites de la maxime qui dit que la bonne grâce est au corps ce que le bon sens est à l’esprit ; nous croyons que M. de la Rochefoucauld veut dire que le corps sans la bonne grâce est aussi désagréable que l’esprit sans le bon sens ; et nous trouvons cela vrai ; nous croyons encore qu’il y a de la différence entre la bonne grâce et le bon air, que la bonne grâce est naturelle, et le bon air acquis ; que la bonne grâce est jolie, et le bon air beau ; que la bonne grâce attire l’amitié, et le bon air l’estime. — (Roger de Rabutin, Lett. à Corbinelli, 31 déc. 1678, t. v, p. 512, de SÉV. édit. RÉGNIER.)
    Certain air de dévotion, Lorsque l’on n'est plus jeune, a toujours bonne grâce. — (Deshoulières, t. II, p. 71.)
  5. Bonne grâce, se dit aussi des choses.
    Oui, mais notre retour aurait-il bonne grâce ? — (Jean de Mairet, Soliman, I, 2.)
  6. En un sens opposé, mauvaise grâce.
    Personne de mauvaise grâce.
  7. Mauvaise grâce, se dit aussi des choses.
    Que tout cet artifice est de mauvaise grâce ! — (Pierre Corneille, Poly. v, 3.)
    La menace impuissante est de mauvaise grâce. — (Pierre Corneille, Perthar. I, 4.)
    Et ce qui leur sied bien, dans ces commencements, En nous, vieux mariés, aurait mauvaise grâce. — (Molière, Amph. I, 4.)
    Que la plaisanterie est de mauvaise grâce ! — (Molière, Mis. I, 1.)
  8. De bonne grâce, volontiers, sans répugnance, sans se faire prier.
    Nous le recevrons lors de bien meilleure grâce. — (Pierre Corneille, Rodog. II, 3.)
    Cédons de bonne grâce, et d’un esprit content Remettons à Dircé tout ce qu’elle prétend. — (Pierre Corneille, Œdipe, I, 5.)
    Il a voulu faire les choses de bonne grâce, et vous pouvez lui donner ma sœur. — (Molière, Mar. forcé, I, sc. dern.)
    La bonne grâce qui donne tant de prix aux petits services. — (Jacques Henri Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virg.)
  9. De mauvaise grâce, avec un air mal gracieux, à regret, comme par contrainte.
    Il ne sait pas faire les choses de mauvaise grâce. — (Marquise de Sévigné, 578.)
    Je n'ai pas assurément à me reprocher d’avoir mal répondu dans mon cœur à ses bontés, mais bien d’y avoir répondu quelquefois de mauvaise grâce, tandis qu’il mettait lui-même une grâce infinie dans la manière de me les marquer. — (Jean-Jacques Rousseau, Confess. x.)
  10. N'avoir pas bonne grâce, avoir mauvaise grâce de faire ou à faire telle ou telle chose, faire quelque chose qui est contre la raison ou contre la bienséance.
    Un fils n'a pas bonne grâce de plaider contre son père.
    Vous avez mauvaise grâce de parler de la sorte. — (Hauteroche, Crisp. médec. III, 6.)
  11. Agréments dans les choses, les animaux, La grâce et la légèreté du cerf.
    Il [son habit de bergère] avait une telle grâce sur elle, que, si son ennemie l’eût vue avec cet habit, elle [Vénus] lui en aurait donné un de déesse en la place. — (Jean de la Fontaine, Psyché, t. II, p. 154.)
    La qualité d’ambassadeur Peut-elle s’abaisser à des contes vulgaires ? Vous puis-je offrir mes vers et leurs grâces légères ? — (Jean de la Fontaine, Fabl. VIII, 4.)
    Tout reçoit dans ses mains une nouvelle grâce. — (Nicolas Boileau-Despréaux, Art p. III.)
    Tu [la paix] pares nos jardins d’une grâce nouvelle, Tu rends le jour plus pur et la terre plus belle. — (Jean Racine, Idylle sur la paix.)
    Les grâces dont la nature a orné la campagne. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, Tél. II.)
  12. Par extension.
    Quelque grâce qu’aient à ses yeux [de Jésus-Christ] les larmes d’un pénitent. — (Jacques-Bénigne Bossuet, 1er sermon, Nativité de la Ste Vierge, 1.)
  13. Qualité du style qui consiste surtout à exprimer ses pensées d’une manière élégante, sans aucune peine apparente ; c’est l’élégance unie à la facilité.
    Les grâces de la diction, soit en éloquence, soit en poésie, dépendent du choix des mots, de l’harmonie des phrases, et encore plus de la délicatesse des idées et des descriptions riantes. — (Voltaire, Dict. ph. Grâce.)
    L'abus des grâces est l’afféterie, comme l’abus du sublime est l’ampoulé ; toute perfection est près d’un défaut. — (Voltaire, ib.)
  14. Cette expression a de la grâce, elle donne du charme au passage où elle est placée.
  15. (mythologie,) qui est la personnification du sens de gracieux. Nom donné aux trois déesses compagnes de Vénus (on met un grand G). Les trois Grâces, Aglaé, Thalie et Euphrosyne.
    Dans les personnes, dans les ouvrages, grâce signifie non-seulement ce qui plaît, mais ce qui plaît avec attrait ; c’est pourquoi les anciens avaient imaginé que la beauté ne devait jamais paraître sans les Grâces. — (Voltaire, Dict. phil. Grâce.)
  16. Figuré Sacrifier aux Grâces, avoir une grande élégance dans ses manières, dans ses discours.
    J'ai sacrifié aux Grâces [dit le hibou], Vénus a mis sur moi sa ceinture dès ma naissance. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, t. XIX, p. 44.)
  17. Figuré Les Grâces présidèrent à sa naissance, les Grâces ont pris soin de la former, se dit d’une femme, d’un enfant qui a beaucoup de grâces naturelles.
    Vous parlerai-je de ses pertes et de la mort de ses chers enfants ? ils lui ont tous déchiré le cœur ; représentons-nous ce jeune prince, que les Grâces semblaient avoir elles-mêmes formé de leurs mains ; pardonnez-moi cette expression ; il me semble que je vois encore tomber cette fleur. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Marie-Thér.)
  18. On dit dans le même sens : Les récits de cet auteur semblent dictés par les Grâces ; Les Grâces accompagnent ses pas.
  19. (Tapissier) Les bonnes grâces d’un lit, les étoffes qu’on attache vers le chevet et vers les pieds du lit, pour accompagner les grands rideaux ; il ne se dit plus qu’en parlant des lits à l’ancienne mode.
    On appelle bonnes grâces les demi-rideaux d’un lit qui sont aux deux côtés du chevet. — (Voltaire, Dict. phil. Grâce.)
  20. Jeu des grâces, jeu analogue au jeu de volant, et qui se joue avec un petit cerceau et des bâtonnets, ainsi nommé parce que les bras s’y développent avec grâce.
  21. (Par extension) du sens de gracieux, bienveillance qu’une personne accorde à une autre.
    Je puis croire pourtant, Sans trop de vanité, que je suis en sa grâce. — (Molière, le Dép. I, 3.)
    Et remettez le fils en grâce avec le père. — (Molière, Tart. IV, 1.)
    De plus coupables y entraient en grâce dès qu’ils le voulaient. — (Antoine Hamilton, Gramm. 5.)
    Le duc de Bouillon, reçu en grâce à la cour, et raccommodé en apparence avec le cardinal, jura d’être fidèle. — (Voltaire, Mœurs, 76.)
  22. Être en grâce auprès du prince, ou de quelque personne puissante, lui plaire, avoir sa bienveillance, sa faveur.
  23. Figuré Être en grâce avec l’argent, avoir de l’argent.
    Vous voilà donc en grâce avec l’argent comptant. — (Régnard, Joueur, III, 6.)
  24. Figuré Rentrer en grâce, se plaire de nouveau à.
    La médiocrité [fortune médiocre] revient, on lui fait place ; Avec elle ils rentrent en grâce. — (Jean de la Fontaine, Fabl. VII, 6.)
  25. Revenir en grâce, plaire de nouveau.
    Le café pourra revenir en grâce. — (Marquise de Sévigné, 478.Bonnes grâces, faveur, bienveillance, amitié. )
    Pour gagner les bonnes grâces du victorieux. — (Pierre Corneille, Ex. de Pomp.)
    Pour acquérir les bonnes grâces de la Vierge Marie. — (Blaise Pascal, Provençal IX.)
    Les Ariens cachèrent leurs erreurs, et rentrèrent dans ses bonnes grâces [de Constantin] en dissimulant. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Historique I, 11.)
    Elle livra aux Romains une place de grande importance, où étaient les trésors de Mithridate, pour mettre son fils dans les bonnes grâces de Pompée. — (Jean Racine, Mithr. Préf.)
  26. Bonnes grâces, en parlant d’une femme, amour, faveurs.
    Le bruit commun était qu’il avait eu ses bonnes grâces, avant qu’elle fût mariée. — (Antoine Hamilton, Gramm. 8.)
    Il [Alcibiade] sut si bien gagner les bonnes grâces de la femme du roi Agis, qu’il en eut un fils, qu’on appelait en public Léotychide, mais que sa mère en particulier, parmi ses femmes et ses amies, ne rougissait point d’appeler Alcibiade. — (Charles Rollin, Historique ancien Œuv. t. III, p. 645, dans POUGENS.)
    Un musicien, David Rizzio, fut trop avant dans ses bonnes grâces [de Marie Stuart]. — (Voltaire, Mœurs, 169.)
  27. Ce qui est accordé à quelqu'un comme lui étant agréable, utile, sans lui être dû strictement (c'est un sens détourné du sens de gracieux, agréable).
    Je demande la mort pour grâce ou pour supplice. — (Pierre Corneille, Hor. IV, 7.)
    On lui dit qu’au Japon La fortune pour lors distribuait ses grâces. — (Jean de la Fontaine, Fabl. VII, 12.)
    Un fort honnête médecin, dont j'ai l’honneur d’être le malade, me promet et veut s’obliger par-devant notaire de me faire vivre encore trente années, si je puis lui obtenir une grâce de Votre Majesté [un canonicat pour son fils]. — (Molière, Tart. 3e placet.)
    Pour les grâces du roi, il faut toujours les espérer quand on les mérite toujours comme M. de Grignan. — (Marquise de Sévigné, 312.)
    Donnez des grâces aux familles qui augmentent la culture. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, Tél. XII.)
  28. Figuré
    Ainsi les cœurs sont saisis d’une joie soudaine par la grâce inespérée d’un beau jour d’hiver, qui, après un temps pluvieux, vient réjouir tout d’un coup la face du monde. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Marie-Thér.)
  29. Demander en grâce, demander comme une grâce, c’est-à-dire instamment.
    Elle a demandé en grâce de venir dans le diocèse de Meaux. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Lett. quiét. 116.)
  30. Faire la grâce de, formule de politesse.
    C'est trop de grâce que vous me faites. — (Molière, Pourc. I, 5.)
    Je ne suis nullement surpris, monsieur, d’apprendre par la lettre que vous m’avez fait la grâce de m’écrire, que plusieurs personnes sont mal édifiées de vous voir communier presque tous les jours. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, t. XVII, p. 497.)
    Il ne me reste plus qu’à vous remercier de vos observations ; s’il vous en vient quelques-unes, faites-moi la grâce de me les communiquer. — (Denis Diderot, Lett. sur les sourds-muets.)
  31. Grâce expectative, rescrit du pape qui ordonne au collateur de donner le premier bénéfice vacant de sa collation à une personne que ce rescrit désigne.
  32. Chevaliers de grâce, ceux qui étaient dispensés de faire preuve de noblesse à la rigueur, dans les ordres de chevalerie.
  33. Commanderies de grâce, celles dont le grand maître d’un ordre a la libre disposition, par opposition à commanderies de rigueur, celles que les chevaliers obtiennent à leur rang.
  34. Dieu grâce, la grâce à Dieu, par la faveur du ciel.
    C'est que la pauvreté comme moi les affole, Et que, la grâce à Dieu, Phébus et son troupeau, Nous n'eûmes sur le dos jamais un bon manteau. — (Abbé Mathurin Régnier, Sat. II.)
    Ils sont, Dieu grâce, madame, en parfaite santé. — (Molière, Comtesse, 17.)
  35. Cela lui vient de la grâce de Dieu, cela lui vient de Dieu grâce, c’est une chose avantageuse qu’il obtient sans qu’il y ait contribué par ses soins ou ses efforts.
    Il [Chevreuse] était presque sans ressource, lorsque le gouvernement de Guyenne lui tomba de Dieu grâce, sans qu’il y eût pensé. — (Louis de Rouvroy, 336, 155.)
  36. Cette chose est venue de la grâce de Dieu, c’est-à-dire qu’on ne sait d’où elle est venue.
  37. Par la grâce de Dieu, formule que les princes souverains ont coutume de mettre dans leurs titres.
    Le roi reçut son hommage, et lui permit de se dire prince d’Orange par la grâce de Dieu, de battre monnaie, de donner rémission, hors pour le crime d’hérésie et de lèse-majesté. — (Charles Pinot, Historique de Louis XI, Œuv. t. III, p. 65, dans POUGENS.)
  38. Dans le style badin.
    Lise qui règne par la grâce Du dieu qui nous rend tous égaux. — (Pierre Jean de Béranger, Polit.)
  39. De grâce, par grâce, par pure bonté.
    On vous donne, de grâce, une heure à vous résoudre. — (Pierre Corneille, Théod. III, 1.)
    De grâce, achevez. — (Pierre Corneille, Cid, I, 9.)
    Profitons de l’instant que de grâce il nous donne. — (Nicolas Boileau-Despréaux, Épît. III.)
    Mais, de grâce, est-ce à moi que ce discours s’adresse ? — (Jean Racine, Andr. II, 2.)
  40. De sa grâce, par sa pure et simple volonté, de son chef.
    Le pédant, de sa grâce, Accrut le mal en amenant Cette jeunesse mal instruite. — (Jean de la Fontaine, Fabl. IX, 5.)
    Votre cœur magnifique Me promit de sa grâce une bague […] — (Molière, Dép. amour. I, 2.)
    Revel était frère de Broglie, que M. le duc fit, de sa grâce, en son temps maréchal de France. — (Louis de Rouvroy, 187, 248.)
  41. (Théologie) qui provient du sens précédent, la grâce étant une faveur. Secours intérieur accordé par le ciel pour l’exercice du bien et pour la sanctification.
    Il [Dieu] est toujours tout juste et tout bon ; mais sa grâce Ne descend pas toujours avec même efficace ; Après certains moments que perdent nos longueurs, Elle quitte ces traits qui pénètrent nos cœurs. — (Pierre Corneille, Poly. I, 1.)
    Nous appelons grâce actuelle une inspiration de Dieu par laquelle il nous fait connaître sa volonté et par laquelle il nous excite à la vouloir accomplir. — (Blaise Pascal, Provençal IV.)
    La conduite de Dieu, qui dispose toutes choses avec douceur, est de mettre la religion dans l’esprit par les raisons, et dans le cœur par la grâce. — (Blaise Pascal, Pensées, art. XXIV, 3, édit. LAHURE, 1860.)
    Je crois, comme vous, qu’il faut un peu de grâce et que la philosophie seule ne suffit pas. — (Marquise de Sévigné, 96.)
    On peut voir dans le même colloque l’état présent des controverses en Allemagne entre les luthériens et les calvinistes, et on voit que la doctrine constante des théologiens de la confession d’Augsbourg est que la grâce est universelle. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Var. XIV, § 106.)
    Le temps a été court, je l’avoue ; mais l’opération de la grâce a été forte ; mais la fidélité de l’âme a été parfaite […] la grâce, cette excellente ouvrière, se plaît quelquefois à renfermer en un jour la perfection d’une longue vie. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Duch. d’Orl.)
    Quoique, sans menacer et sans avertir, elle [la mort] se fasse sentir tout entière dès le premier coup, la grâce, plus active encore, l’a déjà mise [la princesse] en défense. — (Jacques-Bénigne Bossuet, ib.)
    L'opération de la grâce se reconnaît dans les fruits. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Anne de Gonz.)
    Quand on a connu Jésus-Christ et qu’on a eu part à ses grâces. — (Jacques-Bénigne Bossuet, ib.)
    Il ne faut point manquer à de telles grâces, ni les recevoir avec mollesse : la prin cesse palatine change en un moment tout entière […] — (Jacques-Bénigne Bossuet, ib.)
    Ce nom nouveau du Sauveur est celui de l’Eucharistie, nom composé de biens et de grâces. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Mar.-Thér.)
    Il ne faut qu’une passion d’envie pour anéantir dans nous tous les effets de la grâce. — (Louis Bourdaloue, Myst. Passion de J. C. t. I, p. 260.)
    Les grâces de Dieu ne sont pas seulement pour nous des dons de Dieu, ni des bienfaits de sa miséricorde, mais de grandes charges devant Dieu. — (Louis Bourdaloue, Dim. de la Sexag. Dominic. t. I, p. 417.)
    Grâces délicates, parce qu’on les perd aisément, et que Dieu nous en prive quelquefois pour les plus légères infidélités. — (Louis Bourdaloue, 9e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 155.)
    La grâce qui est en nous n'est autre chose que la grâce de la pénitence, et par conséquent de l’humilité même. — (Louis Bourdaloue, Purif. de la Vierge, Myst. t. II, p. 176.)
    Pour ressusciter dans la gloire, il faut par une sainte persévérance mourir dans la grâce. — (Louis Bourdaloue, Myst. Rés. de J. C. t. I, p. 359.)
    Ô grâce, ô rayon salutaire, Viens me mettre avec moi d’accord ; Et, domptant par un doux effort Cet homme qui t’est si contraire, Fais ton esclave volontaire De cet esclave de la mort. — (Jean Racine, Cantique 3.)
  42. Figuré
    Je vous ai déjà dit qu’il me fallait du temps [pour faire une tragédie], de la santé et flatus divinus ; j'attends le moment de la grâce. — (Voltaire, Lett. d’Argental, 3 mai 1756.)
  43. Grâce suffisante, grâce donnée généralement à tous les hommes, soumise de telle sorte au libre arbitre qu’il la rend efficace ou inefficace à son choix, sans aucun nouveau secours de Dieu.
  44. La grâce justifiante, celle qui rend juste intérieurement.
    Il faut que cette plante divine [la dilection] ne soit pas seulement semée, mais qu’elle ait commencé de prendre racine dans l’âme avant qu’elle reçoive la grâce justifiante. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Sermons, Vérit. convers. 3.)
  45. On dit dans le même sens, grâce sanctifiante.
    Quand je dis la grâce, j'entends celle que les théologiens appellent grâce sanctifiante et qui est en nous le plus précieux de tous les dons de Dieu. — (Louis Bourdaloue, Myst. Concept. de la Vierge, t. II, p. 4.)
  46. Grâces naturelles, dons naturels que la Providence accorde aux gentils comme aux chrétiens, aux méchants comme aux bons.
  47. Grâces surnaturelles, celles qui ont rapport au salut éternel.
  48. L’ordre de la grâce, l’ensemble des secours de la grâce que Dieu donne aux hommes.
    Tant que nous sommes détenus dans cette demeure mortelle, nous vivons assujettis aux changements, parce que, si vous me permettez de parler ainsi, c’est la loi du pays que nous habitons ; et nous ne possédons aucun bien, même dans l’ordre de la grâce, que nous ne puissions perdre un moment après par la mutabilité naturelle de nos désirs. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Duch. d’Orl.)
  49. Être en état de grâce, n'avoir sur la conscience aucun péché mortel.
  50. Grâce d’état.
    C'est un état où Dieu, par une suite immanquable, donne à chacun des grâces de salut et de sanctification, et non-seulement des grâces communes, mais des grâces propres et particulières que nous appelons pour cela des grâces de l’état. — (Louis Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 76.)
    Il donne la grâce de commander à celui qui doit commander, et la grâce d’obéir à celui qui doit obéir. — (Louis Bourdaloue, 10e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 220.Grâce d’état, se dit, dans le langage familier, des illusions attachées à une condition et qui la rendent supportable. Ordinairement les malades de la poitrine ne se voient pas en aussi grand danger qu’ils sont, c’est une grâce d’état.)
  51. An de grâce, se dit des années de l’ère chrétienne.
    Calendrier pour l’an de grâce 1865. Hors de cette phrase, il ne se dit guère qu’en plaisantant.
  52. Coup de grâce, dernier coup que l’exécuteur appliquait sur l’estomac du patient roué vif, et qui, hâtant sa fin, semblait une sorte de miséricorde.
  53. Figuré Ce qui achève de ruiner, de perdre quelqu'un.
    Vous lui avez porté le coup de grâce.
    Je fus hué : ce dernier coup de grâce M’allait sans vie étendre sur la place. — (Voltaire, Pauvre diable.)
  54. Ancien terme de commerce.
    Jours de grâce, délai de dix jours accordé à celui sur lequel une lettre de change était tirée.
    Cela est échu, mais j'ai encore les dix jours de grâce. — (Florent Carton, les Agiot. II, 1.)
  55. On disait dans le même sens : délai de grâce.
  56. Dans le langage général, ce qui est accordé au delà du terme ordinaire.
    Des jours chauds au mois de décembre sont des jours de grâce. J'ai quatre-vingts ans, toutes les années que je vivrai seront des années de grâce.
  57. Pardon, indulgence (le pardon étant une sorte de faveur).
    Je voudrais comme vous faire grâce à son âge. — (Pierre Corneille, Sertor. II, 1.)
    Il ne faut point de grâce à qui se voit sans crime. — (Pierre Corneille, Perthar. v, 2.)
    J'aurais peine, seigneur, à lui refuser grâce. — (Pierre Corneille, Sertor. I, 3.)
    Reine, voyez pour qui vous me demandiez grâce. — (Pierre Corneille, Pomp. IV, 5.)
    Et l’on donne grâce aisément à ce dont on n'est pas le maître [et nous pardonnons aisément des transports dont on n'est pas le maître]. — (Molière, Amph. II, 6.)
    Elle a vu venir le coup sans demander grâce. — (Esprit Fléchier, Mme de Montausier.)
    Dieu ne fait jamais grâce à qui ne l’aime point. — (Nicolas Boileau-Despréaux, Épit. XII.)
    S'il venait à mes pieds me demander sa grâce. — (Jean Racine, Andr. II, 1.)
  58. Trouver grâce aux yeux, devant les yeux, être excusé, pardonné.
    Crois qu’un bonze modeste, un dervis charitable Trouvent plutôt grâce à ses yeux [de Dieu] Qu’un janséniste impitoyable Ou qu’un pontife ambitieux. — (Voltaire, Pour et contre.)
    Eh quoi ! devant vos yeux nos tyrans trouvent grâce ! — (Casimir Delavigne, Vêpres sicil. sc. suppr.)
  59. Il signifie aussi, plaire, gagner la faveur ; ne se dit que d’une personne inférieure à l’égard d’une autre.
    Esther lui plut et trouva grâce devant lui. — (Isaac Louis Lemaistre de Sacy, Bible, Esther, II, 9.)
    Mme de T. a trouvé grâce devant Mme de Montespan. — (Marquise de Sévigné, 370.)
    Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce. — (Jean Racine, Phèd. IV, 5.)
    Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux. — (Jean Racine, Esth. II, 7.)
  60. Faire une grâce, faire grâce à quelqu'un, lui accorder ce qu’il ne pourrait justement exiger.
    En vous accordant cela, on vous fait une grâce.
    En ce mauvais monde où nous vivons, quand on nous fait justice, imaginons-nous qu’on nous fait grâce. — (Louis-Guez de Balzac, De la cour, 6e disc.)
  61. Ironiquement et familièrement.
    Vous me faites là une belle grâce. Voilà vraiment une belle grâce.
  62. Faire trop de grâce, se dit ironiquement de quelqu'un qui reçoit hautainement des avances, des compliments, qui se prête hautainement à telle ou telle chose.
    Comme un homme qui fait trop de grâce de se laisser louer. — (François de Salignac de la Mothe Fénelon, Tél. XIV.)
  63. Faire grâce de, ne pas exiger.
    Il lui a fait grâce d’une partie de sa dette.
    On fait grâce d’une chose en s’emparant du reste ; les commis lui prirent tous ses effets, et lui firent grâce de son argent. — (Voltaire, Dict. phil. Grâce.)
  64. Figuré Faire grâce de, épargner quelque chose à quelqu'un.
    Il m’a lu tout son poëme, sans me faire grâce d’un hémistiche.
    Le reste des idées de cet auteur [Bohemius] sont de la même force, et nous en ferons grâce au lecteur. — (Denis Diderot, Opin. des ancien philos. (Théosophes).)
  65. Absolument. Grâce ! ne continuez pas. Grâce ! ce que vous me dites me peine.
  66. Par ironie.
    Faites-moi grâce de vos observations, épargnez-les-moi.
  67. Faire grâce, avec un nom de chose pour sujet, être une grâce, une faveur.
    Mon refus lui fait grâce, et, malgré ses désirs, J'épargne à sa vertu d’éternels déplaisirs. — (Pierre Corneille, Nicom. III, 2.)
  68. Figuré Faire grâce à quelque chose, l’accepter.
    Je suis comme vous, je fais grâce à l’esprit en faveur des sentiments. — (Marquise de Sévigné, Lett. 5 août 1675.)
  69. Particulièrement, remise de la peine que le prince fait à un condamné.
    Le souverain a le droit de grâce. Recours en grâce. Il a obtenu sa grâce. Signer une grâce.
    J'ai eu ma grâce de cette affaire. - Oui, mais cette grâce n'éteint pas peut-être le ressentiment des parents et des amis. — (Molière, D. Juan, I, 2.)
    Le prince perdrait le plus bel attribut de sa souveraineté, qui est celui de faire grâce. — (Charles-Louis de Secondat Montesquieu, Esp. VI, 5.)
  70. Lettres de grâce, ou, simplement, grâce, lettres par lesquelles le souverain accorde la grâce d’un criminel.
    C'est un grand ressort des gouvernements modérés que les lettres de grâce ; ce pouvoir que le prince a de pardonner, exécuté avec sagesse, peut avoir d’admirables effets. — (Charles-Louis de Secondat Montesquieu, Esp. VI, 16.)
  71. Absolument.
    Grâce ! Demander grâce, crier grâce !
  72. Remercîment, témoignage de reconnaissance (le remercîment étant quelque chose de gracieux).
    Je rends grâces aux dieux de n'être pas Romain. — (Pierre Corneille, Hor. II, 3.)
    Mme de Lafayette vous rend mille grâces. — (Marquise de Sévigné, 1.)
    M. le cardinal vous rend grâces très humbles. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Lett. abb. 111.)
    Il rendit grâces aux dieux par d’innombrables sacrifices. — (Fén, Tél. VIII.)
  73. On dit aussi actions de grâces.
    Rendre des actions de grâces.
    [Après la bataille de Rocroi] l’armée commença l’action de grâces ; toute la France suivit ; on y élevait jusqu'au ciel le coup d’essai du duc d’Enghien. — (Jacques-Bénigne Bossuet, Louis de Bourbon.)
  74. Figuré Rendre grâce à quelque chose, attribuer à quelque chose une action favorable.
    Rendez grâce au seul nœud qui retient ma colère. — (Jean Racine, Iphig. IV, 6.)
  75. Grâce à Dieu, grâce au ciel, par la faveur du ciel, heureusement, par bonheur.
    Il se porte mieux, grâce à Dieu.
  76. On dit aussi grâces au ciel dans la poésie ou le style élevé.
    Enfin, grâces aux dieux, j'ai moins d’un ennemi. — (Pierre Corneille, Rodog. v, 1.)
    Grâces au ciel, mes mains ne sont point criminelles ! — (Jean Racine, Phèdre, I, 3.)
  77. Ironiquement.
    Grâce aux dieux, mon malheur passe mon espérance. — (Jean Racine, Andr. v, 5.)
  78. Grâce à vous, grâce à vos soins, formules polies de remercîment.
  79. Grâce à, grâces à, quand il s’agit de choses, signifie : par elles, par leur action.
    Comme le nombre d’œufs, grâce à la renommée, De bouche en bouche allait toujours croissant. — (Jean de la Fontaine, Fabl. VIII, 6.)
    Grâce à vos opinions nous avons […] — (Blaise Pascal, Provençal v.)
    Grâce aux préventions de son esprit jaloux, Nos plus grands ennemis ont combattu pour nous. — (Jean Racine, Brit. v, 1.)
  80. Ironiquement. Grâce à votre maladresse.
  81. Au plur. Prière que l’on fait après le repas.
    Dire grâces. Les grâces dites.
  82. Figuré et familièrement.
    Dire grâces avant le bénédicité, intervertir l’ordre des choses, et, par exemple, vivre maritalement avant d’avoir contracté le mariage.
    On me reproche de dire grâces sans avoir dit bénédicité. — (Voltaire, Babyl. 11.)
  83. Figuré Venir dire grâce ou des grâces, aller remercier son bienfaiteur.
    Beaucoup sollicitent ; peu, après qu’ils ont obtenu, viennent dire grâces.
  84. Titre d’honneur des ducs d’Angleterre. Sa Grâce le duc de […]
  85. Grâce, en cet emploi, prend un G majuscule.
  86. Grâce de saint Paul, nom donné, dans l’île de Malte, à une terre blanche qui passe pour un remède contre la morsure des vipères, ainsi dite de saint Paul qui y fut mordu par un serpent.

Synonymes

Mots apparentés

TraductionDéplier / Replier

Interjection

grâce /ɡʁas/

Préposition

grâce /ɡʁas/

Voir aussi